C’était le week-end dernier, la fin d’un rêve, suspendu à mon imaginaire depuis quelques années. Depuis que j’avais entendu parlé de jardins d’un nouveau genre, ou plutôt d’un nouveau genre poétique dont l’alphabet serait construit de lierre, de feuilles, de terre, de fleurs ou d’objets quotidiens invités par la nature et qui sous la gouverne d’une grammaire aléatoire écrirait des histoires insolites, qui se regardent, se touchent et se hument.
C’était au Festival International des Jardins de Chaumont sur Loire, pour la 11ème édition de l’événement qui réunissait, autour de la thématique de la biodiversité heureuse, une vingtaine de plasticiens, designers, architectes dont Ernesto Neto, Gilles Perrault, Bob Verschueren ou Loulou de La falaise pour ne citer que les plus célèbres de ces jardiniers éphémères.
Un rêve foulé au pied, par une horde de touristes en tongs, les mêmes qui errent indifféremment à Disney Land ou dans les musées de nos démocraties culturelles, déambulant l’air hagard, ayant comme de coutume, troqué leur capacité à regarder par cette compétence largement distribuée de « prendre une photo », sans même voir ce qu’ils photographient.
J’avais rêvé de respiration lente au cœur du végétal, de silences humides et parfumés, de recoins poétiques nichés dans les sous-bois, d’espaces vides et intérieurs, de quiétude comme celle que promettent les photographies des installations de Nils Udo ou Andy Goldsworthy.
Je me retrouvais prise dans le flot de commentaires haut en couleur et terre-à-terre, dans les clous d’un circuit balisé par des cordelettes et une signalétique défensive « ne pas toucher », cernée par une foule sque j’aurais volontiers fléché de mots piquants pour me gâcher un si joli rêve.
La nature a paraît-il horreur du vide, mais je me suis sentie bien loin de la nature, ainsi envahie de tout ce monde.